CONNAITRE  LE PATRIMOINE HISTORIQUE DES CEVENNES

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Evolution de la châtaigneraie cévenole


Espèce sans doute indigène dans les Cévennes, le châtaignier (Castanea sativa) a connu une première phase de mise en culture au Moyen Age, mais c’est au 16ème siècle qu’il devint le "maître des terroirs".

Son essor en a fait la culture hégémonique locale, jusqu’à 
l’apparition du mûrier, au 18ème siècle, lié à l’élevage du ver à soie, d’un rapport plus important et plus immédiat. 
La culture du mûrier s'est développée sur des terrasses spécialement aménagées à cet effet, mais aussi sur des parcelles existantes qui lui étaient propices et qui, jusque là, étaient occupées par le châtaignier. 

Mais l'arbre à pain restant indispensable pour nourrir une population très dense, a conquis d’autres espaces de moins bonne qualité restés en friches. L’empreinte de l’homme sur le paysage s'en est trouvé encore augmentée. 

Si les derniers défrichements destinés à étendre sa culture remontent à la seconde moitié du 19ème siècle, la châtaigneraie avait déjà atteint son apogée dans la première moitié du siècle. 

Pourtant, elle commence à souffrir d’une image passéiste dévalorisante où la culture de l’« arbre à pain » n’arrive pas à bénéficier des mêmes innovations technologiques que le reste de l’agriculture.
Son dépérissement s’accélère avec l’apparition de deux maladies, l’encre dès la fin du 19ème siècle, dont les dégâts sont relativement limités en Cévennes, et l’endothia au milieu du 20ème, encore préoccupante de nos jours malgré la mise au point de traitements locaux. 

L'exode rural a pour corollaire l'abandon des cultures et a donc été un facteur fortement aggravant de la dégradation de la châtaigneraie, qui dépérit sans les soins de l'homme, se ferme par l’ensemencement naturel et par la reconquête des espèces colonisatrices. 
Dans un premier temps l'abattage des arbres pour en extraire le tanin a été pratiqué pour éliminer les châtaigniers malades de l'encre. Avec l'exode, il s'est généralisé, n'épargnant pas les arbres sains, souvent de belle venue. 

Avant d'aliéner sa terre, le paysan quittant son pays réalisait quelque dernier argent en vendant ses châtaigniers. Aux anciens vergers abattus ont succédé des taillis non exploités, sans conduite sylvicole.
La surface de la châtaigneraie est passée de 75 000 ha en 1820 à 22 700 ha 150 ans plus tard.

Le dépérissement s’est aussi aggravé avec l’exode rural, la disparition progressive de la sériciculture, la modification des habitudes alimentaires et la concurrence d’autres cultures, d’autres produits et d’autres activités aux rendements plus importants.

 

Le châtaignier ou "arbre à pain",  élément constitutif de l’identité des Cévennes.

L’espace
, tout d’abord, a été profondément marqué par la culture du châtaignier pour son fruit : la châtaigneraie est un véritable verger qui nécessite beaucoup d’entretien pour être productive, et a conduit à l’aménagement du relief au moyen de terrasses et de réseaux d’irrigation qui ont réellement façonné le paysage.

 

Le patrimoine bâti marque toujours ce paysage. Le séchoir (cleda) est un petit bâtiment souvent proche de l’habitation ou situé au milieu de la châtaigneraie, à deux niveaux, avec un plancher à claire voie pouvant recevoir jusqu’à 10 tonnes de fruits. 
La récolte est déposée dans la partie supérieure tandis qu’on entretient un feu doux en dessous, nuit et jour durant les trois à quatre semaines que dure l’opération. Chaque paysan avait sa clède.
Durant des générations, et ce jusqu'à une époque récente, le châtaignier fut la première ressource alimentaire du pays. Quotidiennement et souvent plusieurs fois par jour, le Cévenol en consommait, l'utilisant aussi pour engraisser porcs, moutons et volaille. 
Depuis le Moyen Age les châtaignes se conservent sèches sous forme de châtaignons ou bajanas, et se consomment en soupe appelée bajanat. 

 


"Interrogez sur le temps passé : on vous parlera de châtaignes.
C’est la pierre d’angle de l’économie ancienne,.
Parlez du déclin de la Cévenne, on vous dira que les châtaigniers meurent.
La châtaigneraie, la châtaigne, sont inscrites dans le passé comme les marques de l’âge d’or. La châtaigne fait partie intégrante de la culture cévenole. 
Elle apparaît là ou s’arrête l’olivier (…). Le châtaignier accompagne le Cévenol du berceau au cercueil."


                                                                               Jean-Noël PELEN (1987)

 

Le bois a été l’un des matériaux de base de l'habitat : charpentes, douelles, planchers, cloisons, escaliers, menuiseries, chenaux, conduites d'eau, meubles, ruches, douves et cercles de futailles, piquets, treilles, clôtures, ustensiles en vannerie, tout a été taillé, façonné dans ce bois résistant à l’eau, à la pourriture et à la vermine, qui a également servi au chauffage des maisons.
Le feuillage a servi de fourrage pour les chèvres et les moutons et de matériau pour allumer le feu. Les feuilles sèches servaient de litière aux animaux.

Mais l’arbre a également façonné les mœurs et imprégné toute la culture cévenole : afachadas autour desquelles s'organisait la veillée, cachettes pratiquées dans un tronc creux, châtaigneraies du "Désert" comme du "Maquis" où, dans la clandestinité, s'est retrouvée une communauté meurtrie dans sa chair : le châtaignier a accompagné le Cévenol "du berceau au cercueil".

 

L'homme et l'arbre ont formé un couple indissociable dans une totale dépendance, l'un faisant vivre l'autre. Véritable ciment de ce pays, le châtaignier en est devenu le symbole.

Les Chemins de la Châtaigne
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